Participation des habitants

La participation des habitants est un principe fondamental de la politique de la ville dès ses débuts ; il s’agit d’une approche recommandée dans le rapport fondateur Dubedout en 1983.

Reconnue et encouragée par le gouvernement, revendiquée par les citoyens et les associations, la participation des habitants a fait l’objet de multiples expérimentations dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, sans qu’elle puisse se généraliser.

Au-delà de la politique de la ville, la participation des habitants s’est imposée ces vingt dernières années comme étant un enjeu de démocratie pour toutes les politiques publiques et une pratique nécessaire dans le chantier de la modernisation des services publics.

Elle répond à la nécessité d’intégrer l’expertise d’usage des habitants dans l’action publique, pour une efficacité renforcée des politiques publiques. C’est également le moyen de développer le pouvoir d’agir citoyen porté par les habitants et les associations, en valorisant les initiatives citoyennes mais aussi en leur offrant l’opportunité d’interpeller les pouvoirs publics et de questionner l’action publique.

Ces principes et objectifs sont rappelés dans le rapport Bacqué et Mechmache et dans le cadre de référence sur le conseil citoyen produit pour guider les professionnels dans l’adoption de cette approche démocratique. Ils sont également inscrits dans la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, qui oblige la mise en place d’un conseil citoyen dans chaque quartier prioritaire : « Ces conseils citoyen participent à toutes les instances de pilotage du contrat de ville y compris celles relatives aux projets de renouvellement urbain ».

Les enjeux de la participation sur le territoire ….

La démarche des conseils citoyens s’inscrit, sur le territoire mahorais, dans un contexte particulier. Mayotte, 101e Département français depuis 2011, connaît de profondes mutations depuis une quarantaine d’années dans tous les domaines de la vie. Celles-ci bouleversent et bousculent les mentalités de jadis et s’accompagnent naturellement des transformations des formes de « participation traditionnelle ». « Nous assistons à un passage d’une société civile actrice de sa propre vie, à une société civile observatrice et spectatrice de sa destinée » comme l’analyse le chercheur mahorais Daroussi Ahamadi en 2011[1].

Ces mutations s’accompagnent d’avancées dans le développement de l’île, mais aussi de carences telles l’émergence de formes d’exclusions, la montée en flèche de la délinquance et d’un sentiment d’incompréhension entre les générations…

« À l’image des pays pauvres économiquement, le 101e Département français de Mayotte ne s’est pas fait avec les Mahorais, mais pour les Mahorais. Par voie de conséquence, nous assistons à l’émergence des discriminations, des inégalités, de domination et de liens verticaux… entre les communautés »[2] analyse Daroussi Ahamadi.

La participation des habitants doit être dans ce contexte un enjeu de premier ordre afin de construire l’avenir et le développement de l’île avec sa population. C’est ce que préconise Daroussi Ahamadi « Prévalant la mise en valeur des potentialités humaines, nous identifions la nécessité que la société civile mahoraise se réactive pour participer solidement aux transformations en redevenant des acteurs actifs et peser sur des mesures qui les concernent » [3] comme elle en avait l’habitude dans les années 1970.

La politique de la ville et la mise en place des conseils citoyens peuvent dans ce cadre ouvrir des espaces d’expression de la parole des habitants et de la société civile.

Dans le cadre de la réforme de la politique de la ville, le CDR de Mayotte a mené différents projets de formation des acteurs de la politique de la ville dans la prise en compte de la parole des habitants dans les contrats de ville. Un accompagnement à la mise en place des conseils citoyens a également été déployé. La problématique de la prise en compte de la parole de l’habitant anime le CDR depuis quelques années, notamment avec la dynamique jeune. La réforme a permis de remettre la question au centre de l’actualité de la politique de la ville et de se questionner sur les formes pertinentes de démocratie participative à Mayotte.

 

 

Actions menées par le CDR Mayotte

Partager